Le piment qui cache la grande sauce-#enmargeduTBC

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Il y a quelques mois, une artiste camerounaise, Reniss a publié une oeuvre musicale intitulée « La Sauce » (et son piment) suivie par le vidéogramme éponyme. Sur la chanson, je ne reviendrai pas. Elle a entraîné son lot de dénonciations plus ou moins musclées, en mode « atteinte à la pudeur »,  » dépravation de nos enfants », j’en passe et des meilleures.

Voici un pays où la corruption est rampante. De même dans ce pays,u pour une bonne frange de la population, payer les impôts ne sert à rien. En effet, on considère que  le gouvernement et ses fonctionnaires sont tous des voleurs. Au Cameroun, pour beaucoup, s’inscrire sur les listes électorales  ne servirait à rien. Oui, car il n’y a nul doute que  « Pa Polo » est là pour rester.  De plus, nous savons nous mobiliser en politique, pour commenter les problèmes des voisins.

Au Cameroun, il semblerait qu’on ne soit pas prêt, à deux mois du lancement officiel de la CAN Féminine. Pourtant, nous sommes le pays organisateur. Dans notre cher pays, les routes se construisent minimum en trois. En somme, nos maux  et difficultés sont si profonds que dès fois on se demande comment nous arrivons encore à vivre.

En vertu de tout cela, les grands sujets de conversation, de dénonciation, de « commentaire » sont trop souvent liés à l’activité sexuelle des uns et des autres. Ils sont aussi liés à cette soi-disante banalisation du sexe, ou encore soi-disante dépravation des moeurs.

Il y a quelques mois, le scandale était la maîtresse d’un certain footballeur célèbre de nationalité camerounaise. Quelques temps après, c’était une certaine chanson d’un certain jeune homme qui n’aurait eu que pour but (malgré ses 5 millions de vues historiques sur YouTube) d’appeler à la copulation. Ensuite, le scandale était celui de la fille du président qui se droguerait. Au final, le scandale et les grands débats sont toujours autour de ce que j’appelerais « les divers ».

Le piment, ou la pimenterie  (expression d’une activité sexuelle généralement rémunérée) sont devenus dans notre cher et tendre pays, LE sujet d’indignation à la mode.

S’indigner sur le piment, ça évite de s’indigner sur l’état de l’éducation, l’état des routes, l’état des hôpitaux. Je dois noter l’exception du drame Monique  qui aurait quand même réveillé mes concitoyens. Parler du piment, ça évite de se demander pourquoi les mœurs seraient si dépravées, si elles le sont devenues subitement. Ca nous éloigne d’une simple question. En somme, pourquoi les moeurs et mentalités évolueraient-elles négativement? Quelles sont les responsabilités individuelles des uns et des autres, dans ce changement?  Voici les questions qu’on ne veut pas se poser.

Au contraire, il semble plus aisé d’en appeler aux autres: les artistes, le président, la télévision, les artistes, et j’en passe. Je me pose parfois la question si nous prendrons enfin LA responsabilité collective de notre devenir. Je songe à un jour, chacun se focalisera sur LUI, pour changer d’abord, s’améliorer avant tout.

De même, je m’interroge sur cette grande hypocrisie envers nous-mêmes. Lorsque nous sommes dans un snack, une boîte de nuit ou un bar, et que ces morceaux dénigrés sont au programme, peu d’entre nous avons le courage d’interrompre notre danse. Nous ne voulons pas passer pour un pudibond. Nous voulons nous montrer ouvert. Pire, selon notre compagnie  (un potentiel gars, une fille qu’on veut à tout prix), ses chansons nous servent à créer la proximité.  Cette proximité est bien entendue inadmissible en temps normal (pour coller, comme on dirait vulgairement chez nous).

Alors, pourquoi nous défouler sur les réseaux sociaux, dans les journaux, dans des milieux plus sérieux? Pourquoi ne pas accepter qu’il y a de la musique pour tout et rien, et qu’il convient à chacun de faire le tri dans ce qui lui convient?

Le piment qui cache l’immense sauce de l’hypocrisie est si profondément ancré que je ne sais pas si nous prendrons sur nous de changer réellement, mais il serait pourtant bien temps, on y gagnerait.

Ce n’était que ma modeste contribution #enmargeduTBC, TBC pour The Blog Contest, une initiative de blogeurs qui souffrent de se voir recommandés des thèmes obligatoires pour une publication chaque 20 du mois. Découvrez les participants officiels, en cliquant sur les liens plus bas

Leyopar

Tchoupi

Arsty

Yann

Obone

Elie

Love, Anna♦

 

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Anne Christelle
Originaire du Cameroun, âgée de 28 ans, professionnelle du marketing dans la vie de tous les jours et bloggeuse. Je blogue pour faire découvrir et faire aimer la culture africaine. Je blogue car je crois fermement que l’appropriation culturelle est essentielle pour le développement d’un peuple. C’est ma petite pierre à l’édifice d’une Afrique rayonnante, mon rêve!

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